Lors du rassemblement citoyen organisé hier soir en mairie à la suite des événements du 17 octobre, Monsieur le Maire, entouré du conseil municipal, a prononcé un discours afin d’exprimer sa colère, son incompréhension et ses inquiétudes.
Il a annoncé aux 70 personnes présentes, qu’il adresserait ce discours par courrier au Président de la République, au Premier ministre ainsi qu’au ministre de l’Intérieur, afin de les interpeller officiellement au nom de la commune.
Il ne pense d’ailleurs pas être le seul à entreprendre cette démarche. Qui sait… Peut-être que tous ces petits ruisseaux finiront par se rejoindre pour former une grande rivière, capable de faire entendre leurs voix et de faire bouger les choses.
Mesdames et messieurs,
Chers concitoyens…
Les violences et les dégradations ne doivent jamais devenir ni une fatalité, ni une banalité.
Depuis samedi, chacun de nous a été stupéfié, consterné, abasourdi de voir tant de violence…
- les images de 3000 commerces saccagés alors que notre économie est en souffrance,
- les images de nombreux bâtiments publics dégradés ou incendiés, dont le bel hôtel de ville de Limoges, presque totalement détruit.
- Pire, nous avons été dépités, dégoûtés, voire écœurés de voir nos forces de l’ordre prises pour cible, débordées, même si elles ont fait ce qu’elles ont pu, et nos pompiers malmenés alors qu’ils avaient été appelés pour éteindre les incendies.
Toutes ces images irréelles pour nos villages ruraux, comme une mauvaise série télé, suscitent pour chacun d’entre nous la plus vive des indignations.
Mais elles inquiètent aussi profondément : l’État a-t-il failli dans sa mission régalienne de sécurité ?
… Il est à nouveau annoncé une manifestation nationale samedi prochain… Allons-nous revivre les mêmes images, à la télé dieu merci, mais pour combien de temps encore ?
Ne risquons-nous pas que le front se rapproche un jour dans nos territoires encore préservés ? Ne risquons-nous pas de vivre les mêmes scènes de casse, de pillage et de guérillas urbaines ?
Ces images interrogent surtout sur les limites que notre société française doit faire respecter et sur l’avenir du vivre-ensemble si cher à nos yeux dans notre République Française.
Face à ces actes, la résignation n’est pas une option… n’est plus une option…
La violence gratuite provenant d'une petite racaille avide d'en découdre et de se remplir les poches ne peut devenir une fatalité, ni être tolérée.
La réponse judiciaire se doit d’être à la hauteur des actes, sans aucune complaisance.
À Eyragues, nous sommes attachés à notre territoire, à nos familles, à nos traditions, à notre agriculture, à nos entreprises, à nos commerces, à nos services publics, et à cette qualité de vie qui fait la force de notre village.
Mais cette tranquillité n’est pas un hasard, encore moins un privilège…elle est le fruit d’un héritage, d’un engagement collectif, nourri depuis des générations et chaque jour par nos habitants, par nos associations, par nos écoles et par toutes les forces vives de la commune qui contribuent à l’éducation de nos enfants.
Les scènes qui touchent certaines villes de France et les communes de collègues maires ne doivent pas se propager.
Nos villages et nos petites villes ont un rôle essentiel à jouer : préserver les liens, la solidarité et le respect de chacun. Elles constituent souvent un exemple à suivre pour les plus grandes.
En tant que maire et citoyen d’Eyragues, je mesure au plus haut point la gravité des événements.
La fermeté est indispensable ; elle doit aller de pair avec la justice et le respect de l’autorité. Ne laissons pas la peur s'installer et décider de notre avenir.
Il appartient à l’État d’assurer la sécurité de tous, d’anticiper les risques et d’agir avec détermination.
- Cela suppose d’arrêter de dénigrer nos communes qui forment le socle de la république, et de donner plus de moyens aux maires qui connaissent leurs territoires mieux que personne et ont les mains dans le cambouis sept jours sur sept, vingt quatre heures sur vingt quatre. L’État ne doit pas se tourner vers nous uniquement dans les situations de crises, comme durant l’épidémie du COVID, où la crise des gilets jaunes…
- Cela suppose, depuis Paris, d’entendre le peuple qui gronde quand les budgets sont mal utilisés : l’éducation, la santé, la sécurité, la justice sont des fonctions régaliennes… elles doivent être traitées comme telles et priorisées.
- Cela suppose d’avoir le courage de faire les bons choix budgétaires, et d’arrêter cette hémorragie financière pour stabiliser les finances publiques… 153 milliards d’euro de déficit cumulé depuis des décennies, 5% du PIB, cela n’a jamais interpellé les pouvoirs publics, alors que dans nos communes, nous sommes tenus d’équilibrer notre budget de fonctionnement sous peine d’être mis sous tutelle… de l’État.
- Cela suppose que l’Élysée, Matignon et place Beauvau sortent plus régulièrement de Paris, et prennent enfin en compte la réalité de nos territoires, de nos villes de nos campagnes, et, plutôt que de nous contrôler à tour de bras, nous accordent plus de confiance et de moyens.
Michel Gavanon
Maire d'Eyragues






